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LE PORTRAIT DU RUSTRE (YVAIN,LE CHEVALIER AU LION de C. de Troie)

Ce travail a été réalisé par Mme Evelyne DUISIT, professeur agrégé de Lettres Modernes et aide-IPR, pour ses élèves de 5ème du Collège des Prêcheurs à Aix-en-Provence (13) .

Cette séance de lecture-écriture peut s’inscrire, en classe de 5ème, dans une courte séquence portant sur le portrait, à travers un groupement d’extraits de romans de chevalerie et se poursuivre par l’étude du portrait valorisateur de Lancelot, au cours d’une séance d’étude de la langue consacrée aux degrés de l’adjectif qualificatif

 

Objectif : Comment construire un portrait dévalorisateur ?

Un rustre qui ressemblait à un Maure, d’une laideur et d’une hideur extrêmes, - si laid qu’on ne saurait le décrire,- était assis sur une souche, une grande massue à la main. Je m’approchai du rustre ; je vis qu’il avait une tête énorme, plus grosse que celle d’un roncin(1) ou d’une autre bête, des cheveux en mèches, un front pelé, qui avait plus de deux mains de large, des oreilles moussues et immenses, comme celles d’un éléphant, des sourcils énormes, un visage plat, des yeux de chouette, un nez de chat, une bouche fendue comme un loup, des dents de sanglier, pointues et rousses, une barbe noire, des moustaches en broussaille, et le menton soudé à la poitrine, une échine longue, tordue et bossue. Il était appuyé sur sa massue, habillé d’un vêtement extraordinaire, où n’entrait ni lin ni laine ; c’étaient deux peaux de taureau ou de bœuf, nouvellement écorchées, qu’il avait attachées à son cou.

Le rustre sauta sur ses pieds dès qu’il me vit m’approcher. Je ne sais s’il voulait porter la main sur moi, ni quelles étaient ses intentions, en tout cas je me mis en état de me défendre jusqu’au moment où je vis qu’il restait debout, sans bouger ni faire un mouvement ; il était monté sur un tronc et il avait bien dix-sept pieds(2) de haut.

  1. roncin : cheval de charge ou de travail.
  2. Pied : un pied valait 32,4 cm.

I . ORGANISATION DU PORTRAIT :

1) Ordre suivi pour décrire :

  • Aspect général et attitude.
  • Description de la tête :
  • - forme
    - trait par trait, de haut en bas

  • Corps : aspect général, non détaillé
  • Vêtement
  • Taille, qui boucle le portrait, en faisant écho à la première phrase.

Portrait organisé, qui suit un ordre établi en vue de produire un effet sur les destinataires du récit de Calogrenant –et sur le lecteur.

2) Point de vue :

- Identification du rustre par analogie avec ce que connaît le narrateur : " ressemblait à un Maure ".

- Répétition du verbe de perception " je vis ", qui introduit la description détaillée et l’évocation de la taille

Portrait effectué selon un point de vue interne, celui de Calogrenant, donc subjectif.

 

II. QUELS MOYENS MIS EN ŒUVRE POUR QUELLE VISEE ?

1) L’aspect général : ( première phrase)

Relever les éléments caractéristiques : - couleur -> connotation péjorative du nom " Maure ", insistance sur la laideur (synonymie, adjectif à valeur superlative, renforcée par la consécutive) => un être horrible.

- couleur -> équipement qui suggère la force => un être menaçant.

2) La tête :

Caractéristique générale : adjectif qualificatif à valeur superlative (" énorme "), comparaison avec un animal au moyen d’un comparatif de supériorité -> dimension hors norme de la tête.

Liste des traits évoqués (couleur), relevé en colonnes des éléments qui les caractérisent.

Téléchargez le tableau

Exploitation du tableau :

  • épithètes liées + épithètes détachées + proposition relative => aspect inquiétant :dimension, caractéristiques qui n’ont rien d’humain.
  • compléments de nom => être hybride.
  • Comparaisons => alliance de la force et de la puissance (éléphant), du mystère (chouette), de la cruauté (loup) et de la bestialité (sanglier).
MONSTRE venant de l’au-delà

Exercice de réécriture : Réécrire le passage de la description de la tête du monstre, en le découpant en plusieurs phrases, construites autour de verbes conjugués, autres que " être ", " avoir " et " posséder ".


3) Le corps :

  • absence de cou
  • absence de détails : aspect général seulement (" échine longue, tordue et bossue ")

Détails inutiles : ce qui surprend : la difformité du monstre

4) Le vêtement :

  • annoncé par l’adjectif " extraordinaire " (sens à définir),
  • lui-même expliqué : matière inhabituelle, sauvagerie évoquée dans le participe " écorchées ".

Etre sauvage, barbare, non civilisé : sens de " rustre "

5) La taille :

  • 17 pieds = 5,5 m => Un géant

LES MOYENS MIS EN ŒUVRE DONNENT A VOIR UN PERSONNAGE HORS NORME QUI INSPIRE LE DEGOÛT ET LA TERREUR

Exercice d’écriture : (au choix)
1) En utilisant différentes expansions du nom et plusieurs comparaisons, rédigez le portrait d’une sorcière.
2) En utilisant différentes expansions du nom et plusieurs comparaisons, rédigez le portrait d’une fée.